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L'Homme est pris dans une guerre qu'il ne peut voir, qu'il ne pourrait comprendre, et à laquelle il ne saurait prendre part.
 

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 Échec [PV Sophie]

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Souny Durocher

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MessageSujet: Échec [PV Sophie]   Mer 19 Mai - 22:54

« Tiens, va falloir que j’aille m’acheter du savon. »

Effectivement, sinon le fait de prendre une douche ne suffirait pas à masquer les vilaines odeurs humaines qui peuvent se propager autour de toi. Non que tu sentes mauvais, mais tout être humain normalement constitué, c’est-à-dire qui sue, qui pisse, qui chie, qui coule rouge pendant une semaine durant le mois, doit nécessairement dégager certaines effluves plus ou moins appétissants, voire dégueulasses.

« Eh merde, j’ai pratiquement plus de revitalisant. »

En vérité, je ne comprends pas pourquoi tu continues à en utiliser. C’est une perte d’argent que d’investir dans un produit qui ne démêle pas ta chevelure hirsute et touffue. D’ailleurs, aucun revitalisant, comme tu dis, ne sera assez puissant pour avoir le dessus sur le désordre capillaire qu’est devenu le sommet de ta tête. Le jet d’eau se fait tiède, puis froid. L’eau chaude ne reste jamais bien longtemps, tu devrais t’en souvenir, ou le prévoir. La jeune fille soupire, rince sa longue tignasse détrempée et ferme les robinets.

« Fait chier tout ça. »

La vie en général te fait chier. Pour être plus précis, la vie dans sa totale intégrité te fait royalement chier. Mais tu survis, il faut bien. L’hybride qui tu es est beaucoup trop attachée aux biens matériels, aux petits plaisirs ridicules de l’existence pour s’enlever bêtement la vie. D’une enjambée lasse, Souny Durocher sort du bain. Le miroir en face d’elle est voilé d’une pellicule de vapeur. Malgré tout, elle réussit à se discerner. Sa peau est pâle, un peu rougie par la chaleur de l’eau, ses grands yeux bleus brillent d’épuisement, les commissures de sa bouche semblent mécontentes.

« Ça, c’est le résultat d’une journée complète au restau, pis d’une nuit blanche passée à coudre la p’tain de robe de mariée. »

Souny se taponne le corps à l’aide d’une serviette rugueuse et l’enroule autour d’elle de façon à cacher son buste et le haut de ses cuisses. Ses muscles sont raqués, complètement finis. La texture de son cerveau pourrait rivaliser avec celle d’une compote de pommes. Ce qu’elle aimerait avoir un masseur à domicile, elle tuerait pour avoir un tel privilège. Mais ce genre de plaisir savoureux est beaucoup trop dispendieux.

« J’devrais songer à me marier à un vieux bonhomme riche. Comme ça, tu baises avec lui une ou deux fois avant qu’il ne claque et tu pognes tout l’héritage. »

Néanmoins, Souny n’est pas prête à sacrifier son corps et sa liberté ainsi. Elle aime profiter, si au final elle ne doit rien à personne. Et puis ses goûts en matière d’homme sont légèrement, voire un tantinet rigoureux. Si la chose plisse, ça la rend sèche comme une mamie. Si le mâle est trop doux ou trop violent, ça lui déplait. Si l’individu en question est trop collant ou trop indépendant, elle grince des dents. Il faut que le mâle par excellence soit canon, dominant mais pas trop, romantique mais pas trop, sur la chose mais pas trop. Bref, le mâle doit être tout, mais pas trop. Souny Durocher n’aime pas les gens excessifs, bien qu’elle fasse partie, à son grand malheur, de cette catégorie. Lorsqu’elle ouvre la porte de la salle de bain, Souny réalise qu’elle entend des bruits de déglutition. Allant à pas feutrés vers la cuisine, Souny resserre le vêtement humide contre elle et s’apprête à ameuter tous les résidants de l’immeuble quand elle tombe nez-à-nez avec Sexy M’an alias Sophie Durocher, avocate reconnue mondialement. Celle-ci, vêtue d’un tailleur incroyablement moulant et d’une jupe révélatrice, vide des shooters de whiskey.

-J’espère ben que tu vas me rembourser les alcools, dit alors Souny, un poil agacée.

La relation entre les deux femmes n’est pas tout à fait… harmonieuse. Si Souny en avait les moyens et le courage, elle botterait le cul ferme de sa mère et lui claquerait la porte au nez. Et puis, si madame Durocher cale tous les breuvages que contient le bar de Souny, elle n’aura qu’à en racheter.

« Mais je suis pas assez conne pour me frotter à Sophie Durocher, quand même. »

-T’sais, t’aurais pu aller ailleurs. Des endroits qui vendent de l’alcool, c’pas ça qui manque dans le coin. T’étais pas obligée de venir dans le taudis de ta chère fille, celle t’as pas vue depuis trois ans.

Ou presque.

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Sophie Durocher
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MessageSujet: Re: Échec [PV Sophie]   Lun 7 Juin - 11:51

Melissa Auf Der Maur - Meet me on the Dark Side

    Perdu. Elle avait tout perdu en l’espace d’une seule petite heure. Une heure ! Comment était-ce possible ? Elle pratiquait depuis toutes ses années. Elle avait remporté tous ces procès avec brio. On avait toujours parlé d’elle dans les journaux, de son talent, de sa renommée, de sa verve indomptable et à ses discours inattaquables. Perdu le talent. Perdue la renommée. Perdue la réputation dorée qu’elle s’était forgée au fil des années. Et tout ça pour ce maudit procès. À cause de ce maudit avocat qui s’est fait remplacer à la dernière minute. Elle avait étudié tout le dossier – relativement aisé – en fonction de ce qu’elle connaissait de son adversaire. Ses points faibles, ses rares forces. Et à la dernière minute, celui-ci avait décidé qu’il n’avait pas envie de se frotter à Sophie Durocher. La renommée. La très renommée Sophie Durocher qui ne sera plus, à partir de cet instant, l’avocate qui a perdu le procès le plus simplet de l’histoire à cause des beaux yeux d’un salopard de petit italien arrogant, à peine sortie de l’école de droit. Elle referma la porte de l’appartement derrière elle. Qu’est-ce qu’il lui restait, maintenant ? Sa carrière tombait à l’eau. Elle ne pourrait plus jamais avoir une moyenne de 100% de réussite. Terminé le score parfait. Il ne lui restait rien. Elle avait ce mariage qui tombait en miettes depuis des années maintenant. Elle avait ce fils qui ne lui adressait pratiquement pas la parole. Sa fille qu’elle n’avait pas vue depuis des années maintenant, depuis leur dernière dispute. Elle avait sa famille brisée. Son utérus qui aurait tout aussi bien pu ne pas exister, pour ce qu’il lui servait. La seule chose qu’elle avait parfaitement menée dans sa vie, sa carrière, commençait à vaciller. Elle prenait conscience de son âge. Elle passa devant un miroir contre le mur. Observa ses traits. Elle était fatiguée. Terriblement fatiguée. Le maquillage pouvait le masquer. La chirurgie pouvait masquer son âge. Mais elle sentait que tous les artifices qu’elle avait utilisés pour se conserver au meilleur allaient bientôt s’effriter à leur tour. Son image était ternie. Elle détourna le regard. Même son reflet semblait la juger. Son mari était resté auprès d’elle. Jusqu’à maintenant. Voudrait-il encore, même rien que par habitude, posséder une femme vieille, sans avenir … Une has been ! Voilà ce qu’elle avait l’impression d’être. Elle attendait le lendemain. Les articles dans les journaux. Qu’est-ce qu’on irait dire ? Elle se demanda si son trouble s’était ressenti dans toute l’assistance. Elle se demanda ce que ce jeune avocat ferait en rentrant chez lui. Probablement qu’il se servirait une bonne rasade d’alcool et irait s’étendre avec une ou deux jailbaits blondes qu’il aurait ramené dans sa voiture de sport. Elle grommela, se pencha derrière le bar. Chez elle il n’y avait pas d’alcool. Sophie Durocher avait arrêté de boire plus de vingt ans auparavant. À l’adolescence, elle buvait beaucoup. Ensuite elle avait réservé cet acte à l’amour. Ça et la cigarette. Une coupe de vin. Le tout dans des draps de satin qui sentaient encore … Elle soupira. Attrapa une bouteille de whisky et deux shooters. Elle était dans la douche. Elle sortirait bientôt. Elles boiraient ensemble. Quand on boit seule, on a l’impression de sombrer. À deux c’est mieux. Elle n’attendit pas longtemps.

    -J’espère ben que tu vas me rembourser les alcools,

    Elle fit un geste de la main. Sa fille n’avait pas à s’inquiéter de cela. Elle avait les moyens. Pour combien de temps, en fait ? Si ça se trouvait, personne ne voudrait plus engager une has been comme avocate et elle ferait faillite. Elle devrait vivre dans un appartement aussi miteux que celui de Souny …

    -T’sais, t’aurais pu aller ailleurs. Des endroits qui vendent de l’alcool, c’pas ça qui manque dans le coin. T’étais pas obligée de venir dans le taudis de ta chère fille, celle t’as pas vue depuis trois ans.

    Elle releva vers Souny un regard désemparé. Plus désemparé que n’importe quoi qu’elle aurait pu montrer auparavant. Sophie Durocher était toujours d’un calme exemplaire, ou dans une colère froide. Mais jamais désemparée. Elle pointa le salon.

    -Ouvre la télévision aux infos. Ils doivent en parler. Et viens t'asseoir.

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Souny Durocher

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MessageSujet: Re: Échec [PV Sophie]   Dim 4 Juil - 21:23

-Ouvre la télévision aux infos. Ils doivent en parler. Et viens t'asseoir.

« Avec la tête qu’elle avait… je m’attendais à l’apocalypse. »

Il m’est venu à l’esprit que peut-être avais-tu raison. Cependant, la nouvelle si alarmante, si effroyable, si improbable que les médias prononçaient et scandaient à un rythme ahurissant, sur un ton incrédule, la mine déconfite ou perplexe, le nouvelle disais-je était si inattendue que la jeune fille pouffa de rire. Le regard foudroyant de sa mère calma ses humeurs, mais le mince sourire moqueur que Souny affichait ne disparaissait pas aussi difficilement.

-Aujourd’hui, à la suite d’un court procès, Martin Leblanc est acquitté de son inculpation pour le meurtre de James Stewart. Son avocat, Nathan Odescalchi, a affronté Sophie Durocher dans une joute verbale des plus admiratives et incroyables. Nathan Odescalchi est un jeune homme ayant fraichement terminé ses études. Il est aussi…

Alors que la reporter à la télévision s’extasiait devant ce mystérieux prodige, Souny jeta quelques coups d’œil amusés vers sa mère et lui tapota gentiment l’épaule. Sophie, rigide, incroyablement tendue, le visage déformé par l’humiliation et la colère, fixait obstinément le téléviseur où, misère, apparaissait le dénommé Nathan Odescalchi. Souny siffla de contentement.

-Belle pièce d’homme, que je dis moi. T’as vu ses cheveux, si lisses, si propres. Ah pis sa face, aucun fucking défaut! Tu penses tu qu’ils font des retouches à la caméra… pas possible d’avoir une peau aussi pâle, aussi parfaite. On dirait la peau de fesses de bébé. Rah, check un peu ses yeux, profonds, séduisants, sexy et la bouche… chiasse, j’lui demanderais de m’embrasser tout partout avec une bouche de même… Mais… j’suppose que c’est plus ton style toi… tsé… toi et les italiens.

« M’an est prête à beugler, à m’arracher la langue pour me l’enfoncer dans la gorge, à me tordre le mauvais sourire logé dans ma face. Et pis, c’pas moi qui se tapait des bad guy italiens étant ado, non non non. »

Souny se leva du divan où elle était assise, prit le verre de sa mère et décida de le remplir à ras bord de vodka et de jus d’orange, avec un peu de glaces. Ensuite, elle se fit un petit cocktail fort sympathique composé de jus et de rhum et revint s’installer auprès de sa mère totalement et irrémédiablement défaite.

-T’sais… si j’étais une mauvaise fille, j’te mettrais à porte à coup de pied dans le cul, mais comme je suis une âme charitable, bonne et gentille, j’vais supporter ta présence jusqu’à ce que tu redeviennes M’an the super chiks killer.

Souny, en femme distinguée, vida d’un trait sa consommation et, resserrant son peignoir autour de son corps encore mouillé, s’étendit de tout son long sur le sofa miteux, la tête sur les cuisses de sa mère, ses cheveux détrempés dégoulinant sur la jupe de Sophie. L’avocate, hésitant entre l’exaspération et l’irritation, se contenta de boire son breuvage et de dévisager haineusement les images qui défilaient à la télévision.

-Qu’est-ce qu’il avait? Un corps d’Apollon? Tes hormones de mamie frigide se sont échauffées en l’apercevant? Il avait un truc pas net sur la figure, un truc qui t’aurait déconcentrée suffisamment pour que tu perdes ton premier procès…? C’est quoi… t’as vu un mec pour la première fois depuis vingt ans et ça t’a impressionnée? Flatte-moi les cheveux… ya personne pour me le faire.

« Les mecs se sentent trop virils pour vouloir, peut-être, éventuellement, caresser les cheveux de leurs femelles. Mais moi… j’aime ça. J’aime quand on me joue dans les cheveux – sauf quand il s’agit de les brosser… j’ai l’impression que mon crâne va décoller à chaque coup de brosse -. M’an le faisait quand j’étais tite, qu’elle devait me border ou quand je faisais un mauvais rêve… ou encore quand je devais prendre l’ascenseur. Elle me plaçait face à elle, me serrait contre elle et enfouissait ses mains dans ma belle cheveux blonde et soyeuse. Maintenant… eh ben ils sont noirs et pas terribles. »

Fermant les yeux, Souny patientait, attendait que sa mère, la femme qu’elle ne connaissait guère mais qui pourtant lui avait révélé quelques secrets douteux, cette même femme qui surgissait à l’improviste dans sa vie pour des raisons parfois grotesques souvent farfelues, Souny attendait donc que les mains de sa mère s’occupent un peu de son bien-être capillaire.

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Sophie Durocher
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MessageSujet: Re: Échec [PV Sophie]   Jeu 22 Juil - 10:49

    Sophie baissa la tête vers le verre qu’elle tenait à la main. Elle n’avait pas l’habitude de boire et n’était pas particulièrement fière d’elle pour avoir ouvert cette bouteille. Ça n’était pas le genre de réaction qu’une femme de sa trempe devait avoir face à l’adversité. De sa trempe … Elle de demandait si elle avait toujours la même force, après cet épisode. Sans doute que non. Elle était humiliée. Et cette humiliation lui parut encore plus brûlante quand Souny émit un petit rire à l’annonce de l’échec de sa mère. Cette dernière la foudroya d’un regard torve.

    -Belle pièce d’homme, que je dis moi. T’as vu ses cheveux, si lisses, si propres. Ah pis sa face, aucun fucking défaut! Tu penses tu qu’ils font des retouches à la caméra… pas possible d’avoir une peau aussi pâle, aussi parfaite. On dirait la peau de fesses de bébé. Rah, check un peu ses yeux, profonds, séduisants, sexy et la bouche… chiasse, j’lui demanderais de m’embrasser tout partout avec une bouche de même… Mais… j’suppose que c’est plus ton style toi… tsé… toi et les italiens.

    L’avocate serra ses doigts un peu plus fortement autour de son verre. L’homme – le gamin, devrait-elle dire !- était là, à la télévision, et il la narguait de son petit air baveux. Un monstre. Une aberration. De quel droit ce garçon, qui avait encore les marques des bancs d’écoles imprimées sur les fesses pouvait-il se pointer au tribunal et lui dérober son titre de grande championne de la cour ? Ses dents, serrées, grincèrent et elle dut se forcer à desserrer un peu les mâchoires, sous peine de se briser quelque chose. Elle lança un regard tout à fait haineux à sa fille quand elle s’adressa directement à elle. De quel droit venait-elle, en plus, lui rabattre les oreilles avec cette vieille histoire ? En plus, c’était tout à fait faux ! Elle méprisait les italiens. Tous des coureurs de jupon, des crétins infidèles et absolument inintéressants. Ces hommes pensent avec leur testostérone. Et en plus, ils cachent leur grossièreté et leur perversion sous des manières mielleuses et chaleureuses. Ils étaient insupportables. Preuve; elle avait détesté ce jeune homme avant même de savoir qu’il était italien. Elle l’avait détesté d’abord parce qu’il était détestable. Le facteur « italien » n’était entré en ligne de compte que plus tard, après le procès quand elle avait eu la confirmation de ses origines. Mais alors, elle le détestait déjà assez pour dix. Dix maris jaloux ne l’auraient pas détesté autant que Sophie Durocher.

    -T’sais… si j’étais une mauvaise fille, j’te mettrais à porte à coup de pied dans le cul, mais comme je suis une âme charitable, bonne et gentille, j’vais supporter ta présence jusqu’à ce que tu redeviennes M’an the super chiks killer.

    Sophie tourna la tête vers Souny, qui venait de s’asseoir près d’elle, et arqua un sourcil. Elle n’avait jamais entendu un anglais aussi pitoyable. Cette phrase ne voulait absolument rien dire. Ou alors elle aurait pu avoir plusieurs sens différents. Ce qui revenait au même, finalement; sa fille était minable en anglais. Elle aurait du lui payer des cours privés. Elle ne broncha pas quand sa fille s’étendit et appuya sa tête sur ses genoux.

    -Qu’est-ce qu’il avait? Un corps d’Apollon? Tes hormones de mamie frigide se sont échauffées en l’apercevant? Il avait un truc pas net sur la figure, un truc qui t’aurait déconcentrée suffisamment pour que tu perdes ton premier procès…? C’est quoi… t’as vu un mec pour la première fois depuis vingt ans et ça t’a impressionnée? Flatte-moi les cheveux… ya personne pour me le faire.

    Sophie soupira, ferma les yeux et réfléchit un instant alors que ses mains allaient d’elles-mêmes se poser dans les cheveux de sa fille. Cheveux emmêlés au possible. Elle ouvrit les yeux et regarda cette tignasse mouillée qui n’avait sûrement pas été peignés depuis la naissance du Christ. Elle entreprit, patiemment, de défaire les nœuds avec ses doigts.

    -Je ne sais pas ce qui a pu se passer. Peut-être que j’ai fait mon temps. Peut-être que c’est tout simplement le temps pour moi de céder ma place, de faire autre chose de ma vie. Mais quoi ? Est-ce que j’ai déjà été douée pour autre chose que pour mon travail ?

    Elle garda le silence quelques instants, buta sur un nœud récalcitrant qu’elle finit par éliminer.

    -Ou peut-être que ça veut dire que je me suis relâchée. C’est un message pour me dire que je dois bosser encore plus fort.

    Bosser plus fort quand on bossait déjà plus que tout le monde … Facile à dire.

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Souny Durocher

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MessageSujet: Re: Échec [PV Sophie]   Jeu 23 Déc - 14:04

-Je ne sais pas ce qui a pu se passer. Peut-être que j’ai fait mon temps. Peut-être que c’est tout simplement le temps pour moi de céder ma place, de faire autre chose de ma vie. Mais quoi ? Est-ce que j’ai déjà été douée pour autre chose que pour mon travail ?

Souny écoutait distraitement les lamentations de sa mère et profitait que celle-ci lui effleure la chevelure, bien que par moments sa mère tirait sèchement quelques mèches emmêlées et extirpait des petites plaintes étouffées de l’hybride. À l’écran de la télévision, l’Italien se pavanait toujours, ses lèvres déversaient un flot continue de paroles muettes, car le volume était éteint, à l’adresse d’une multitude de femmes journalistes visiblement émoustillées. La jeune fille se tapota la lèvre inférieure.

« Si lui est humain, alors je suis un ange. »

À force de vivre dans la rue étant adolescente, elle avait développé un don de voyance pratique et sécuritaire. Souny Durocher s’était frotté à plusieurs créatures plus ou moins recommandables, et en avait par ailleurs subi les conséquences. Depuis, elle parvenait à distinguer les hybrides des humains, ce qui n’était pas bien sorcier, mais elle pouvait également soupçonner tel individu de ne pas être complètement… humain, sans pour autant connaître sa véritable identité. En fait, Souny a le flaire aiguisé en ce qui a trait aux ennuis, bien qu’elle ne les évite pas. Pourtant, sa condition lui a permis d’écouter les rumeurs, les murmures inquiétants qui se propageaient comme la peste dans les quartiers hybrides.

-Ou peut-être que ça veut dire que je me suis relâchée. C’est un message pour me dire que je dois bosser encore plus fort.

Souny soupira, se redressa sur les coudes et jeta un coup d’œil exaspéré en direction de sa mère.

-M’an, tu l’as dit toi-même, la seule chose pour laquelle tu es douée, c’est ton foutu travail même si tu as perdu une cause. Tu n’as jamais été une bonne épouse ni une bonne mère, même pas une bonne maîtresse, la seule chose que tu sais faire, c’est d’innocenter des meurtriers, des violeurs, des salauds qui sont assez fortunés pour te payer.

Cet Italien devait vraiment être quelque chose en personne pour bouleverser autant Sophie Dorucher. Souny n’avait jamais vu sa mère aussi lamentable, aussi pitoyable, alors que Sophie avait l’habitude d’être aussi rigide que la lame d’une épée, aussi imperturbable qu’une pierre butée. Souny redéposa sa tête sur les genoux de sa mère dont les mains revinrent dénouer des nœuds tenaces.

-Comment est-ce qu’il a réussi à remporter le procès? Qu’est-ce qu’il a dit ou fait pour que tu perdes? Et puis, tu l’as dit toi-même, le mec est tout fraichement sortir de l’université, ça doit être la chance du débutant.

À la télévision, le joli Italien répondait toujours aux questions des journalistes. Il arborait un sourire satisfait, ses prunelles sombres et profondes pétillaient de malice, comme s’il percevait le regard rageur de Sophie Dorucher sur lui. Soudain, la télévision s’éteignit. Souny, en se déplaçant sur le sofa, avait accroché la télécommande. Elle soupira.

-Arrête de t’en faire pour ça. Tu restes toujours la meilleure. Et pendant que tu es là, j’ai un truc pour toi.

Les sourcils de Sophie Dorucher s’arquèrent de surprise tandis que Souny bondissait sur ses pieds et s’enfonçait dans le corridor de son appartement, encombré de boîtes et de rouleaux de tissus de toutes les couleurs, de tous les motifs. Souny pénétra dans son bureau, une chambre plus ou moins grande, surchargée de mannequins et de machines à coudre, ainsi que de patrons. Elle se dirigea vers la garde-robe dans laquelle des housses à vêtements étaient soigneusement rangées. Souny promena son regard, fouilla un peu et découvrit ce qu’elle cherchait. Une housse noire, banale, qu’elle apporta à sa mère.

-C’est pas grand-chose. J’avais fait ça pour un défilé de mode amateur. Le thème était léopard. L’amie qui a porté la robe n’en voulait pas, et comme je suis trop petite et trop ronde, je ne pouvais pas en hériter. Et comme tu es grande et mince, et que le léopard te va vraiment bien, je m’étais dit que ça t’irait. Sauf qu’on ne se parlait plus depuis un et j’ai donc gardé le vêtement au cas où tu réapparaîtrais dans ma vie.

D’une main un peu tremblante, Souny fit descendre la fermeture éclair et présenta la robe au motif léopard à sa mère.

-Tu es pas mal la seule femme que je connaisse à avoir le body de mannequin, alors…

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Sophie Durocher
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MessageSujet: Re: Échec [PV Sophie]   Mar 4 Jan - 13:49

    Souny poussa un soupir et se redressa en s’aidant de ses coudes. Sophie grimaça. Sa fille avait beau être enrobée, elle avait hérité des coudes pointus de sa mère. Et en plus d’avoir les coudes pointus, elle avait la langue acérée. Elle savait ou envoyer ses mots pour faire mal.

      « M’an, tu l’as dit toi-même, la seule chose pour laquelle tu es douée, c’est ton foutu travail même si tu as perdu une cause. Tu n’as jamais été une bonne épouse ni une bonne mère, même pas une bonne maîtresse, la seule chose que tu sais faire, c’est d’innocenter des meurtriers, des violeurs, des salauds qui sont assez fortunés pour te payer. »


    Sophie tiqua. Non. Non ça n’était pas ça son travail. Sophie Durocher ne défendait pas que les criminels. Elle défendait n’importe qui faisant appel à elle. Les dossiers qui s’empilaient sur son bureau, elle ne pigeait pas ceux qui lui plaisaient; elle les prenait tous. Pour s’occuper, pour ne pas manquer d’ouvrage. Pas par fierté ou quoi que ce soit. Non. Simplement pour travailler et ne penser, le temps du processus juridique, qu’aux problèmes de ses clients. Souny avait raison sur un point; elle n’avait jamais fait autant d’effort pour sa famille que pour ces parfaits inconnus. Et la voilà aujourd’hui qui se réfugiait, dans un moment de détresse, chez sa fille qu’elle avait ouvertement renié des années plus tôt.

      « Comment est-ce qu’il a réussi à remporter le procès? Qu’est-ce qu’il a dit ou fait pour que tu perdes? Et puis, tu l’as dit toi-même, le mec est tout fraichement sortir de l’université, ça doit être la chance du débutant. Arrête de t’en faire pour ça. Tu restes toujours la meilleure… Et pendant que tu es là, j’ai un truc pour toi. »


    Sa fille la laissa en plan dans le petit salon et disparut dans le couloir. La chance du débutant, ça n’existait pas. Sophie ayant travaillé toute sa vie pour parvenir où elle était maintenant, elle ne croyait pas à ce genre de choses. Non. Forcément, comme Souny le disait, il devait s’être passé quelque chose. Elle avait du être déconcentrée. Peut-être dormait-elle trop peu. Elle avait besoin de repos. Ou alors elle s’était relâchée, n’avait pas travaillé assez. Peut-être aurait-elle du boire un café de plus avant d’entrer dans le tribunal. Sans doute. Il devait y avoir quelque chose. Elle devrait peut-être penser à renoncer à quelques unes des heures supplémentaires qui étaient à présent une partie de son quotidien.

    Elle vit tout à coup Souny reparaître dans le salon avec une housse dans les mains. Sophie s’était levée du sofa, prête à aller la rejoindre. Un cadeau, vraiment … Elle n’avait pas l’impression de mériter quoi que ce soit venant de Souny. Mais elle la laissa lui expliquer la provenance de la chose, lui montrer le tissu. Une ébauche de sourire vint étirer les lèvres de Sophie, mais elle la chassa, avec les souvenirs qui allaient avec. Elle prit un air sérieux, puis fouilla dans son sac pour trouver son portefeuille.

      « C’est très gentil mais je ne crois pas pouvoir la porter dans beaucoup d’occasion. Le léopard, c’est plutôt vintage, et très vulgaire, si tu veux mon avis. Enfin quoi qu’il en soit, voici, 200$ pour la robe. »


    Souny secoua la tête mais Sophie força les billets à entrer dans sa main et à y rester.

      « Ne sois pas ridicule. Toi et moi nous savons très bien que tu vis au-dessus de tes moyens et que tu ne peux pas te permettre de tout simplement offrir une robe de ce genre. Tu y as mis du temps et de l’Argent. J’imagine que tes mannequins ne te les paie même pas … Tu ne devrais pas les laisser partir avec. Je te l’ai déjà dit; si tu faisais moins de dépenses folles, tu pourrais investir et ouvrir une vraie boutique plutôt que faire des ventes par ci pas là avec des clients louches dont tu ne connais que le nom et qui ont un historique de crédit douteux. »


    Les rencontres de Souny et Sophie en venaient toujours à tourner autour de l’argent. Que ce soit pour un emprunt, ou pour un reproche fait à la gestion de la ressource. C’était inévitable. C’état leur sujet de discorde favori.

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Souny Durocher

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MessageSujet: Re: Échec [PV Sophie]   Ven 7 Jan - 14:28

-Ne sois pas ridicule. Toi et moi nous savons très bien que tu vis au-dessus de tes moyens et que tu ne peux pas te permettre de tout simplement offrir une robe de ce genre. Tu y as mis du temps et de l’Argent. J’imagine que tes mannequins ne te les paie même pas … Tu ne devrais pas les laisser partir avec. Je te l’ai déjà dit; si tu faisais moins de dépenses folles, tu pourrais investir et ouvrir une vraie boutique plutôt que faire des ventes par ci pas là avec des clients louches dont tu ne connais que le nom et qui ont un historique de crédit douteux.

Souny Durocher écouta la réprimande de sa mère en s’efforçant de calmer les palpitations furieuses qui la secouaient et de dominer la rage et l’humiliation qui la submergeaient. Sa mère ne comprenait toujours pas, ne se préoccupait pas de comprendre. Souny frissonna de frustration et émit un croassement particulièrement agacé dès l’instant où Sophie enfouit un chèque entre les mains rigides de sa fille.

-Sérieux, maman, j’voulais te donner comme cadeau, j’ai pas besoin de ta pitié pis de ta charité.

Pourtant, Souny observa longuement ce maigre chèque et la housse de vêtement. Elle détestait que sa mère la perçoive comme une vulgaire enfant pauvre quémandant sans cesse de l’argent. Elle s’exécrait davantage quand elle devait, par nécessité, lui mendier des ressources. Non, cette robe devait être un cadeau. Aux yeux de la jeune fille, cette robe symbolisait la réussite et la persévérance, car grâce à elle Souny put remporter le premier concours de mode auquel elle participa. À qui d’autre cette robe pouvait appartenir de plein droit si ce n’était Sophie Durocher? Mais l’avocat ne comprenait pas, ne comprenait jamais rien.

-Pis arrête de penser que je suis sans le sous, croassa Souny de mauvaise humeur en se détournant, tout en serrant le chèque entre ses doigts. Je me débrouille pas mal, si jamais t’avais pas remarqué. Question de survie, je suis imbattable.

Souny se dirigea vers son mini-bar, saisit une bouteille d’amaretto et s’en versa un verre. Ses mains tremblaient légèrement, comme toutes les fois où elle et sa mère s’affrontaient au sujet de ses dépenses, de sa vie, de ses choix.

-Pis j’vois pas pourquoi tu me fais encore la morale, ce que j’fais pis ce que je vis, ça, tu t’en fous. Tu viens icitte seulement pour te vider ton petit cœur de madame honteuse. Pis, si ça t’intéresse, j’ai jamais de cash parce que les tissus que je choisis me coûtent la peau de fesses. Parce que j’ai vraiment envie de faire de vrais beaux vêtements.

La jeune hybride vida d’un trait son verre d’alcool et le déposa lourdement sur une petite table de chevet. Ensuite, elle glissa une main dans sa chevelure emmêlée, tâtonna, dénicha une plume qu’elle tira d’un coup sec. Elle gémit, puis dardant un regard farouche vers sa mère, elle lui mit sous le nez la belle plume d’un noir de jais. Sophie recula malgré elle, visiblement surprise par le mouvement brusque de sa fille.

-Tu te souviens, c’est à cause de ça que tu m’as rejetée. Pis comme tu vois, ta fille est encore une hybride. J’ai encore plus de plume qu’avant. Pis sais-tu quoi? J’ai appris que les sales petits hybrides se transforment peu à peu en leur animal. D’ici quelques années, je ne serais plus qu’un corbeau bruyant et désagréable.

La gorge de Souny se noua. Elle aurait vendu son âme au Diable pour qu’il l’empêche de se métamorphoser en oiseau. Elle ferait tout pour interrompre le processus, elle ferait n’importe quoi pour que sa mère la regarde à nouveau avec amour et gentillesse. La jeune fille laisse choir la plume qui, lentement, tomba au sol.

-Qu’est-ce que ça peut faire si mes clients sont parfois louches, tant qu’ils me paient le montant exigé? Qu’est-ce que ça peut faire si je vis au-dessus de mes moyens pour un temps, j’en profite. Qu’est-ce que ça peut te faire à toi?

« J’peux me procurer de l’argent par différents moyens, souvent illégaux. Ya toujours moyen d’arrondir les fins de mois, de payer l’existence et ma carcasse inintéressante. Ya toujours moyen de s’arranger. Moi, je baisse pas les bras dès que je rencontre un p’tit obstacle de rien du tout. Moi, je continue même si ça fait mal, je continue toujours parce que ça vaut la peine d’en profiter, car d’ici quelques années… ça sera trop tard. »

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Sophie Durocher
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MessageSujet: Re: Échec [PV Sophie]   Ven 14 Jan - 11:17

    Pitié ? Charité ? Mais de quoi est-ce qu’elle voulait bien parler ? Il n’était pas question de charité, ici. Il s’agissait d’un cadeau que Sophie ne pouvait tout simplement pas accepter. Elle considérait qu’accepter ce présent – dont elle n’avait d’ailleurs pas plus besoin que d’un voyage dans l’espace – reviendrait à gruger sur les minces revenus de sa fille. Déjà qu’elle-même faisait partie des revenus de Souny … Elle trouvait absurde de recevoir d’elle quelque chose qui lui avait coûté à la fois temps et argent. Mais Souny prenait toujours tout très personnel et déformait sans arrêt les propos de sa mère. Sa fille lui rappela que question survie, elle était imbattable. Sophie détestait qu’on lui rappelle que c’était elle-même qui avait poussé sa fille hors du confort du foyer familial. C’était à cause d’elle qu’elle avait du apprendre à survivre, justement. À ce propos, sa fille arracha soudainement une plume de ses cheveux noirs. Sophie hoqueta. C’était elle qui lui avait montré à les enlever quand elles apparaissaient, c’était elle qui lui avait teint les cheveux alors qu’elle n’était encore qu’une gamine. Elle soupira.

      « Tu te souviens, c’est à cause de ça que tu m’as rejetée. Pis comme tu vois, ta fille est encore une hybride. J’ai encore plus de plume qu’avant. Pis sais-tu quoi? J’ai appris que les sales petits hybrides se transforment peu à peu en leur animal. D’ici quelques années, je ne serais plus qu’un corbeau bruyant et désagréable. »


    L’avocate ferma les yeux. Oui. Elle avait déjà entendu cette théorie d’un de ses clients qu’elle protégeait. Ça faisait partie de ses contrats les plus enrageants. Ces êtres découverts par les médias qu’elle entreprenait de défendre pour une bouchée de pain, pour leur donner un semblant de vie normale. Cet homme lui avait parlé de cette lente évolution. L’homme vers l’animal.

    Elle comprenait l’idée de sa fille. Profiter de ce qui était à sa portée tant qu’il était temps. Alors elle ne comprenait pas l’intérêt qu’elle avait à refuser ce maudit chèque. À elle, Sophie, ça ne lui coûtait presque rien. Ça lui achetait la paix d’esprit. Et même si sa fille devait la prendre pour une sans cœur et une mère ingrate qui ne se soucie pas de ce qu’elle ressent, elle agirait comme elle croyait bon de le faire, pour que sa fille ait de quoi profiter du temps qu’elle avait, justement. Elle s’approcha de Souny, entoura sa main qui contenait le chèque et la pressa. Elle avait la housse contenant la robe sur le bras.

      « D’accord Souny. C’est un cadeau. Fort bien, je l’accepte. Même si à mon avis, c’est en pure perte pour toi puisqu’au fond de mon garde-robe, personne ne la verra, ta création. »


    Elle serra la main de sa fille un peu plus fortement et entendit le chèque se froisser un peu au creux de son poing fermé.

      « Mais prends ce chèque. Prends-le comme une avance sur mon versement du prochain mois. Prends-le comme un retard sur les cadeaux de fête que je ne t’offre pas, ou sur les cadeaux de Noël. Peu importe. Prends-le comme tu le voudras. Ça m’est égal. Mais je veux que tu le prennes. Prends-le pour payer tes tissus, de la peinture pour ta chambre ou je ne sais pas … de la nourriture qui ne soit pas préparée d’avance et poison pour le corps. Ou même pour t’acheter de l’alcool si ça te chante. Mais prends ce maudit chèque. »


    Il me brûle les doigts … pensait-elle sans oser l’ajouter. Les chèques qu’elle donnait à sa fille régulièrement, ça lui revenait. Cet argent, elle n’avait pas l’impression qu’il était à elle. Cet argent aurait du aller, d’une manière ou d’une autre, à un moment ou une autre, dans une inscription à l’université, ou dans des vêtements avant la rentrée des classes, ou dans l’épicerie familiale. Non. Sophie Durocher ne faisait pas la charité à sa fille; elle lui donnait ce qui aurait du lui revenir de droit.

      « Maintenant si tu permets, j’ai une tonne de travail qui m’attend. Et ton père a dit qu’il ne rentrerait pas de la semaine. Je veux en profiter pour faire un grand ménage de la maison. Ça n’a pas été fait depuis … longtemps. »


    Évidemment … Elle travaillait tout le temps.

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MessageSujet: Re: Échec [PV Sophie]   Mar 18 Jan - 0:38

-Maintenant si tu permets, j’ai une tonne de travail qui m’attend. Et ton père a dit qu’il ne rentrerait pas de la semaine. Je veux en profiter pour faire un grand ménage de la maison. Ça n’a pas été fait depuis … longtemps.

Toutes les rencontres se terminaient ainsi. L’une d’entre elles profitaient d’un silence pour disparaître, et ne se matérialisait concrètement que quelques années plus tard. Le peu de relations qu’entretenaient Sophie et Souny Durocher se passaient exclusivement, à quelques exceptions près, par le biais des procédés bancaires. Sophie Dorucher versait un certain montant plutôt généreux dans le compte de sa fille, et celle-ci utilisait cet argent pour payer son loyer, sa nourriture, ses tissus, ses dépenses folles et personnelles.

Et ce chèque innocent, tout bêtement tombé du ciel, se reposait entre les serres de Souny Durocher… qui le dévisageait longuement et le soupesait presque. Oh, évidemment, la jeune hybride raffolait de l’argent. Elle adorait entendre le froissement du papier et en humer les parfums lourds. Elle aimait compter les billets, les rouler et les glisser dans son soutien-gorge là où ses seins opulents offraient une protection infaillible.

« Mais j’aime pas qu’on me le donne comme ça… sans rien en échange. J’hais ça qu’on me prenne en pitié. Pis elle peut ben dire ce qu’elle veut, la vieille, elle le fait parce qu’elle a honte, pour soulager son p’ti esprit bouleversé par la culpabilité. Culpabilité parce qu’elle a échoué dans son rôle de mère, parce qu’elle m’a jeté à la porte… alors qu’elle aurait mieux fait de payer un meurtrier pour m’éliminer une fois qu’elle a su que j’étais une putain d’hybride. »

Sophie Durocher est partie. Il ne reste que dans l’appartement petit et miteux de Souny une odeur féminine et rafraichissante ainsi qu’un verre de whisky à peine entamé décoré par des empreintes de rouge à lèvres. Souny tend la main et, agacée, prend le verre et le vide d’un trait. La jeune fille s’étend sur le divan, imitant la posture dans laquelle elle s’était trouvée quelques instants auparavant alors que sa mère lui effleurait la chevelure. Les dernières paroles échangées avec sa mère lui revinrent à la mémoire, le sujet de la discussion faisait naître en elle un sentiment de désarroi et de solitude amère.


« Le futur. J’ai jamais ben ben pensé au futur. C’est pas quelque chose pour les hybrides. Même les humains n’y pensent pas trop trop… »


Dans combien de temps deviendra-t-elle un corbeau? Il lui faudra attendre encore combien de temps avant que son visage ne se modifie, que son nez se transforme en bec acéré? Combien de temps encore aura-t-elle des mains, des jambes, un torse, une tête humaine? Ses bras deviendront-ils des ailes ou des ailes lui pousseront-elles du dos? Souny l’ignorait, et cette ignorance l’accablait, l’angoissait. La jeune fille décida de se redresser, de se changer et de se faire une jolie toilette. Elle prit son cellulaire et fouilla dans ses contacts. Elle ne voulait pas être seule. Elle voulait un peu de compagnie. Lorsque ses yeux tombèrent sur un numéro, elle hésita et se mordilla la lèvre inférieure avant d’appuyer et de porter le téléphone à son oreille.

Les dernières paroles qu’elle avait balancées à sa mère refirent surface.

-Use bien de la robe, sexy m’an. Porte-la pour te venger de ton Italien, ça risque de le virer à l’envers. Ça serait dommage de la garder dans le fin fond de ta garde-robe.

Elle se demanda si sa mère suivra son conseil… parce qu’elle avait la nette impression que Sophie et cet Italien allaient probablement se côtoyer dans le futur. Dans un futur incroyablement prochain.

Fin

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